
Le "dayak"
Le terme « dayak » signifie « homme » et se réfère aux habitants de l’intérieur de l’île. Ce mot employé de façon générale pour désigner tous les groupes ethniques autochtones ne constitue pas l’appellation préférée des natifs de Bornéo car il a conservé pendant longtemps une connotation négative qui dégradait leur image et coutumes au niveau de sauvages. En contraposition à ce terme attribué, chaque groupe a son propre mot indigène pour se définir autant que « homme ».
Le signifié du mot dayak s’est modifiée dans le temps et sa définition s’est standardisée en acquerrant un aspect plus scientifique. Aujourd’hui dayak est définit comme « peuple de Bornéo, parlant une langue malayo-polynésienne » (Larousse, 1994 :1276). Bien que la connotation négative du terme soit tombée, certaines images qui lui sont reliées restent encore divulgués dans l’imaginaire populaire, nourries parfois par le désir de provoquer des « frissons » exotiques.
Au sud de Bornéo, au long des fleuves Barito, Kahayan, Kapuas, Katingan, Mentaya et de leurs tributaires, vivent les Dayak Ngaju. Pour se référer à l’« homme », les Dayak Ngaju emploient le mot uluh ou oloh, qui est suivi du nom de la rivière d’origine. Pour vous présenter ma famille, je vais vous dire qu’elle est uluh Katingan.
La croyance des Ngaju
La croyance des Ngaju s’appelle kaharingan. Ce mot porte en lui la racine « haring » qui est originaire de la langue archaïque des Ngaju basa sangen. Haring signifie « qu’il existe par soi-même » (Ugang, 1983 :11). Le peuple Ngaju emploie toute une pléthore de noms pour se référer au kaharingan dont Gama Ono, Agama Kuno, ou Agama Helo, tous signifiant « la religion ancestrale qui existe depuis le début de la création du monde ». Kaharingan entendu comme nom décrivant un système de croyances est un terme relativement jeune. Il a été présenté officiellement pour la première fois par le uluh Ngaju Damang J. Salilah au gouvernement Japonais dans la ville de Banjarmasin, au Sud de Bornéo, en 1945 (Ugang, 1983 : 10). Le gouvernement indonésien l’a reconnu ensuite comme religion officielle en 1980.
Dans le temps, Agama (religion) kaharingan était connue avec le nom Agama Tempon Telon (Ugang, 1983:10) qui signifie « la religion de Tempon Telon ». Tempon Telon (ou Raja Lingga Rawing Tempon Telon) est le nom d’une des divinités principales du monde céleste. Parmi ses fonctions, il agit comme psychopompe au moment où la psyché quitte le monde terrestre pour retourner dans le céleste. L’emploi de son nom pour définir tout le système de croyances et de pratiques indique déjà l’importance de sa fonction et celles des conceptions reliées au domaine de l’âme.
Comme il sera présenté dans ce travail, le rituel funéraire prend une place centrale dans la culture kaharingan et s’élève au statut de festivité.
Les événements
Les événements les plus importants du kaharingan sont la naissance, le mariage et la mort. Dans les sociétés modernes la mort est considérée comme instantanée ; les dictionnaires courants la définissent comme la cessation complète et définitive de l’existence humaine. C’est quelque chose de terrible et d'insupportable. Parfois même c’est insurmontable.
Robert Hertz a écrit « L'opinion généralement admise dans la société est que la mort s'accomplit en un instant. Le délai de deux ou trois jours qui s'écoule entre le décès et l'inhumation n'a d'autre objet que de permettre les préparatifs matériels et la convocation des parents et des amis. Aucun intervalle ne sépare la vie à venir de celle qui vient de s'éteindre : aussitôt le dernier soupir exhalé, l'âme comparaît devant son juge et s'apprête à recueillir le fruit de ses bonnes oeuvres ou à expier ses péchés. Après cette brusque catastrophe commence un deuil plus ou moins prolongé; à de certaines dates, particulièrement au « bout de l'an », des cérémonies commémoratives sont célébrées en l'honneur du défunt. Cette conception de la mort, cette façon dont se succèdent les événements qui la constituent et lui font suite, nous est si familière que nous avons peine à imaginer qu'elles puissent ne pas être nécessaires. Mais les faits que présentent nombre de sociétés moins avancées que la nôtre ne rentrent pas dans le même cadre. […] différence dans les pratiques n'est pas, nous le verrons, un simple accident; elle traduit au dehors le fait que la mort n'a pas été toujours représentée et sentie comme elle l'est chez nous » (1971 :15).
La mort
Dans le kaharingan, nous considérons la mort comme une continuation de l’existence en autre manière. Pour cette raison, nous ressentons la mort comme une situation face à laquelle nous ne devons pas avoir peur car nous sommes convaincu que la mort est le temps de quitter « le village temporaire » et qu’elle nous ouvre la porte qui nous permet de retourner au village ancestral auprès du Créateur.
En parlant de sentiment de la mort et de comment nous réagissons face à la mort, je vous emmène loin, chez nous le Ngaju, pour vous présenter une façon différente d’envisager le départ de nos chers, dans un contexte festif où règne la joie.
« Eleh nunjung tangis tingang liau haring kaharingan, hayak kuta-kutak pahalawu rawei, lalau katulas riwut peres mangatah bitingku nihau, ngahat nyamangku batehep, pating batu dia lulang luli, hindai huangku mijen Pantai Danum Kalunen ; tumbah Raja Duhung Mama Tandang ela gilan tingang bitim tingang esu, bitim tumun peteh Ranying Hatala Langit jadi sukup katika ikau tuh tinai buli lumpat lawang Lewu Tatau. »
« Choqué, le liau haring kaharingan [la psyché] pleur et il se demande : pourquoi le Riwut Peres [la déité de la maladie] a pris ma vie, je suis mort comme une pierre jetée dans le fond de la rivière, dans l’impossibilité de retourner au dessus de l’eau, tandis que je voudrait encore vivre au Pantai Danum Kalunen [la Terre]; Raja Duhung Mama Tandang lui a répondu : mon descendant, ne dit pas n’importe quoi, car maintenant le moment de la promesse que Ranying Hatalla Langit [la divinité suprême] a fait à tes ancêtres est arrivé ; maintenant c’est le moment de t’envoler au Lewu Tatau [le monde céleste]. »
(Panaturan, 2002 :438)



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